Mocassins et talons hauts : mon parcours vers l’acceptation de mes deux cultures

Je m’appelle Mélanie, je suis Ilnu et je vis au Québec. Mocassins et talons hauts est porteur d’histoire pour moi. Les mocassins et les talons hauts représentent l’unité entre mes racines, ma culture autochtone et ma culture québécoise. Les deux font partie de moi et composent la femme que je suis aujourd’hui. Dans cet article, je vais vous raconter mon histoire, vous parler de mes défis et de mes réussites. 

Le racisme et la honte

Quand j’étais plus jeune, j’ai vécu du racisme de la part de mes pairs. Dans ma propre communauté, on me traitait de « blanche » et on me disait que je n’avais pas ma place. Quand je sortais de la réserve, on me rejetait comme une « Indienne » et on me méprisait. Je me sentais déchirée entre deux mondes, sans savoir dans lequel j’appartenais.

Ces paroles blessantes m’ont marquée pendant longtemps. Jeune adulte, j’ai dû affronter les stéréotypes dégradants qu’on colportait sur les Autochtones. Combien de fois ai-je entendu des préjugés gratuits et insultants de la part de gens ignorants. Je n’avais pas envie d’être étiquetée et identifiée à « ça »!

Mes cheveux noirs, mes yeux noisette foncé, les traits de mon nez de descendance algonquine auraient pu me trahir, mais ma peau moins foncée que la moyenne des Autochtones m’a souvent permis de passer inaperçue. Parfois, c’était un avantage pour me fondre dans la masse et la « norme » québécoise. Parfois, c’était un camouflage qui m’imposait d’entendre ce que les gens pensaient des Autochtones. Sans savoir d’où je venais, certains prononçaient des paroles qui me blessaient profondément.

Ces mots ont résonné en moi comme un écho pendant des années, accentuant mon sentiment de honte et tuant l’« Indienne » en moi. Comment aurais-je pu me sentir fière de mes origines et de mon identité? Il m’a fallu des années pour comprendre l’impact de notre histoire sur la mienne et sur celle de mon peuple encore profondément blessé aujourd’hui.

La réconciliation et la fierté

Ce n’est qu’après un long parcours et des années de croissance personnelle que je me suis enfin retrouvée. J’ai repris confiance en moi, j’ai compris que je n’avais pas à choisir, j’ai compris que mes forces et mes faiblesses sont une combinaison de mes origines et de la cohabitation de nos deux nations. Mon éducation est teintée des deux couleurs, mes racines et mes valeurs, elles, sont bien ancrées et profondes, rien ni personne ne pourra me les enlever.

L’histoire de mon peuple, nos traditions, notre culture, notre mode de vie et nos croyances spirituelles ont trop souvent été mal racontés, mais croyez-moi, elles sont remplies d’amour, de respect, de partage et de richesse. Aujourd’hui, je suis fière d’être Ilnu, je suis parce que nous sommes. Et c’est tout aussi vrai pour les autres cultures du Québec.

André Malraux écrivait, à juste titre, que « juger, c’est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait pas juger ».

Je crois que pour développer et construire des partenariats gagnant-gagnant, ça prend des relations solides, basées sur le respect, la reconnaissance de nos identités mutuelles, nos valeurs, nos forces et nos faiblesses. Cela demande d’accueillir la diversité et les différences, mais surtout de s’ouvrir à l’autre.

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